Critique de Jean-Philippe GUERAND - excessif.com :
(...) Dès le premier plan, le cinéaste nous embarque dans son univers en suivant la course folle du gaillard hirsute aux yeux riboulants et au sourire ricanant qu'incarne Albert Dupontel. À partir du moment où l'on découvre Jean Dujardin en épave, jamais sans sa bouteille, on se dit que le combat s'annonce inégal. C'est compter sans les ressources d'un scénario qui s'appuie sur une dramaturgie très étudiée et fait la part belle aux dialogues, sans établir pour autant de hiérarchie entre les différents personnages. Blier n'hésite pas à bousculer la chronologie et à briser la linéarité pour placer l'un ou l'autre sur le devant de la scène, le temps d'une séquence voire d'un plan. C'est notamment le cas de la petite amie de l'écrivain que campe Christa Théret, jeune arriviste peu farouche dont la détermination à se sortir coûte que coûte d'une vie de misère est exprimée en un plan magistral : celui du visage impénétrable d'une femme russe qu'on devine être sa mère. Ici, Blier n'a pas besoin de se gargariser de mots. Il fait confiance au pouvoir de l'image et c'est aussi pour cela que Le bruit des glaçons compte parmi ses plus belles réussites : parce qu'il a réussi à se débarrasser de ses artifices pour se concentrer sur l'essentiel : la mise en scène.
À une époque où bon nombre de réalisateurs français de sa génération peinent à se renouveler sinon même à continuer à tourner, ce fringant septuagénaire qui fera jouer simultanément à la rentrée sa nouvelle pièce de théâtre, "Désolé pour la moquette", surprend une nouvelle fois par son audace et ouvre un nouveau chapitre dans une carrière déjà faste en démontrant qu'il a retrouvé cet appétit du cinéma qu'il pensait lui-même avoir perdu.